Un parc technologique résilient : une exploration de l’évolution du parc technologique de Kanata-Nord

Publié le lundi 28 septembre 2020

Vue aérienne du parc technologique Kanata-Nord
Un group de gens enregistrant un podcast autour d'une table

De gauche à droite : Amy MacLeod, Leo Lax, Jamie Petten and Jacques Beauvais

Dans le cadre de l’enregistrement de la deuxième saison du balado Façonnez l’avenir, Jacques Beauvais, doyen de la Faculté de génie de l’Université d’Ottawa, a interviewé des acteurs clés du parc technologique de Kanata-Nord. Il a rencontré Leo Lax, vétéran des technologies et directeur général de L-Spark, et Amy MacLeod, vice-présidente, affaires corporatives et communications externes, chez Seaspan ULC, pour parler de l’histoire fascinante du parc technologique. Jacques Beauvais a également discuté de l’évolution du parc avec Jamie Petten, présidente et directrice de la Kanata North Business Association et présidente, conseil des diplômés uOttawa de Kanata.


Les années 1970 : la fondation de Kanata-Nord

Le centre technologique a été créé lorsque Terry Matthews et Michael Cowpland ont quitté Bell Northern Research (BNR). En 1972, ils ont fondé une petite entreprise, qui à l’époque s’appelait Mitel, et cette dernière a commencé à connaître un réel succès en 1978. Elle est entrée en bourse et une partie de cette réussite a permis de créer ce qui s’appelle aujourd’hui Kanata-Nord.

Afin de bâtir une telle grappe, il faut essentiellement trois grands locataires piliers. Premièrement, il faut un locataire pilier dans un domaine technologique.

  1. À Kanata-Nord, c’était BNR et les installations de recherche du gouvernement qui se nomment maintenant Centre de recherches sur les communications Canada (CRC). Il faut des personnes intelligentes, dont des étudiants, et les universités de la région les fournissaient.
  2. Vous avez besoin d’un marché qui souhaite acheter vos produits.
  3. Vous avez besoin d’une capacité financière afin de développer ces sociétés. Cela était possible à l’époque parce que les technologies étaient en vogue. Tout était technologique et beaucoup d’argent était investi dans la construction de cette communauté.

William Teron, connu comme étant le « Père de Kanata », était un promoteur immobilier et un bâtisseur de ville. Il a créé un environnement, qu’il appelait un village, construit à partir du principe selon lequel pour bien vivre, il faut un bon équilibre entre son espace de travail, son espace de vie et le monde. Il a bâti Kanata en utilisant beaucoup d’idées d’espaces verts, ce qui a donné envie aux gens d’y travailler et d’y vivre. Cela a donné le premier élan à la construction de ce qui est aujourd’hui Kanata-Nord.


Une photo et une citation de Leo Lax

Des années 1980 aux années 1990 : l’entrepreneuriat naissant

Il s’agit d’un environnement unique pour la manière dont les technologies évoluent. Un des défis des entreprises technologiques est que celles qui réussissent se développent beaucoup plus rapidement que les personnes qui les dirigent. Par exemple, durant sa quatrième année, Newbridge Networks vendait des produits à environ cent mille à cinq cent mille dollars par client. Dans sa sixième ou septième année, cette même compagnie vendait des produits dans une fourchette de 1 à 2 millions de dollars par client et, un an plus tard, elle vendait des produits dans une fourchette de 20 à 30 millions de dollars par client.

Qui étaient ces dirigeants qui ouvraient des portes et répondaient aux besoins pertinents des plus grands joueurs ? Et qui étaient ces acheteurs de technologies de pointe qui nécessitaient non seulement ce qui était vendu ailleurs par tout le monde, mais aussi de l’avant-garde ? Cette combinaison était un moyen efficace de développer le marché et de s’y adresser.Le même directeur des ventes y travaille toujours. Il a connu beaucoup de succès et conseille des clients qui achètent des produits à 1 million et à 10 millions de dollars. Ce type de compétences ne se développe pas si rapidement, c’est pourquoi le programme d’affiliation a été créé à l’origine chez Newbridge Networks. Les entreprises ont fait appel à des cadres supérieurs qui savaient comment vendre ces capacités plus importantes en créant un groupe consultatif autour de Newbridge.

D’un point de vue des affaires, le parc technologique de Kanata-Nord a permis à l’empreinte de ces très grandes compagnies de nature mondiale d’exercer un effet de levier et d’être mises à profit par des entrepreneurs enthousiastes et énergiques. Ils étaient des preneurs de risques qui étaient prêts à aller encore plus loin, à sauter par-dessus les ponts et les gratte-ciels en un bond pour faire bouger les choses. L’empreinte des plus grandes sociétés a permis la création d’un segment de marché intéressant. C’était le fondement de ce que les entreprises du parc font maintenant; aujourd’hui, chaque incubateur a cette idée de tirer parti des entreprises en démarrage qui sont connectées à des entreprises d’envergure mondiale. Cela fait partie de leur croissance.

Deux ingrédients secrets : la collaboration et l’esprit communautaire

D’abord, le parc technologique de Kanata-Nord a d’excellents ancrages multinationaux. Ce qui a changé au fil des ans, c’est cette incroyable communauté d’entreprises en démarrage qui a grandi dans le parc ou autour de celui-ci et qui est le moteur de la prochaine génération de développement technologique. Parmi les aspects clés d’un écosystème technologique prospère, on trouve les grands locataires piliers de nature multinationale, les systèmes en amont et les incubateurs qui se développent autour, dont L-SPARK. Ils propulsent la prochaine génération de technologies parce que ces dernières évoluent rapidement. Il est important de maintenir le rythme et la cadence de cet écosystème. Cela permet aux organisations et aux communautés comme celles-ci de conserver toute leur pertinence.

C’est l’équilibre entre les grandes multinationales, les entreprises en démarrage et les nouvelles idées sortant des incubateurs tels que L-SPARK qui le rend si spécial. Les grandes entreprises de nature mondiale s’adressent à des marchés à travers le monde et les entreprises en démarrage développent des technologies de pointe. Lorsqu’elles collaborent, elles peuvent s’insérer dans un environnement mondial.

Deux aspects clés : le talent et le monde universitaire

Ce ne sont pas les technologies qui sont à l’origine du succès de Kanata-Nord, ce sont les talents qui les développent. À l’échelle mondiale, les parcs technologiques florissants ont toujours un noyau universitaire. Pour de nombreux parcs technologiques à succès, leurs premières entreprises en démarrage sortaient de l’université et elle était située à côté. C’était le cas pour Stanford. Son parc technologique a été construit sur les terres de Stanford pour les gens qui voulaient devenir entrepreneurs. À Kanata-Nord, les principaux acteurs qui ont commencé à l’ériger à travers les années venaient de l’industrie.

Les talents présents dans le parc traversent plusieurs générations aux compétences variées. On a tendance à mettre l’accent sur l’aspect R et D du parc. Kanata-Nord compte également de nombreux ingénieurs de talent ainsi que d’autres collaborateurs stratégiques dans les domaines du marketing, des opérations et des finances qui veillent tous à ce que les entreprises soient gérées en gros et qu’elles contribuent à une perspective mondiale. Aujourd’hui, la chasse aux talents est bien réelle. Celui qui la remportera gagnera la prochaine ronde de ce cercle vertueux. Où vont les talents ? Car là où ils vont, l’innovation suit.


Des années 2000 aux années 2010 – L’hiver nucléaire : l’après-Nortel

En 2000, Alcatel a acheté Newbridge Networks, puis ils ont fusionné. Ericsson les a rejoints peu de temps après. Nortel s’est effondrée. Ericsson, Ciena, Ribbon et Kapsch ont acheté une partie de Nortel. Ce sont toutes des entreprises qui sont nouvelles dans la région, mais leurs employés travaillent à Kanata-Nord depuis les 10 à 20 dernières années. Elles ont apporté un nouveau point de vue mondial et ont amené des gens de leur communauté.

Le parc technologique de Kanata-Nord a pu sortir de cet hiver nucléaire tandis que les personnes qui y vivaient étaient encore des résidents de la région. Une grande majorité est restée à Kanata-Nord avec leur famille. C’est là où leurs enfants ont grandi et ils ont continué à vouloir y vivre et à y travailler. Ils ont rejoint certaines compagnies existantes ou sont devenus des entrepreneurs. Cela fait partie du moteur qui continue de le faire croître. D’un point de vue technologique, le monde se transformait et l’environnement traditionnel axé sur le matériel changeait partout dans le monde. Les nouvelles entreprises étaient désormais centrées sur le génie logiciel et ont été capables de transformer leur univers de ce qu’elles faisaient traditionnellement dans le passé vers autre chose. Celles qui ne l’ont pas fait n’existent plus aujourd’hui.

Lorsque le marché s’est contracté, il est devenu un terrain de chasse pour les multinationales à la recherche de bons prix, de talents de haut niveau, de bons produits et de parts de marché. Le parc technologique de Kanata-Nord est devenu une communauté attrayante du point de vue des investisseurs. De nombreuses personnes qui travaillaient dans le parc craignaient de se faire absorber d’une terrible façon et qu’elles allaient perdre quelque chose.

« En y repensant maintenant avec 20 ans d’expérience, c’est peut-être la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Kanata-Nord, car cet afflux d’investissements a permis de passer à travers cette période où c’était vraiment difficile. », selon Amy MacLeod.

Des salariés ont quitté les multinationales pour aller travailler dans les entreprises en démarrage. Certains employés de multinationales pensaient peut-être que ce n’était pas fait pour eux et ils ont amené leurs capitaux propres accumulés pendant les beaux jours dans les entreprises en démarrage. Ils n’ont pas nécessairement quitté la ville – ils ont nourri la prochaine génération. En rétrospective, l’hiver nucléaire a été une bonne chose pour le parc. Il l’a fait mûrir de façon intéressante et cela a fait en sorte que les gens sont restés dans la région.

Les avantages pour les entrepreneurs d’évoluer dans le parc  

Il est beaucoup plus facile pour des entrepreneurs en phase de démarrage de devenir des leaders du marché en provenant de l’environnement de Kanata-Nord en raison de sa riche histoire, de ses experts et de sa portée commerciale. Il y a peu d’endroits où l’on retrouve 25 entreprises internationales à moins de cinq kilomètres les unes des autres. Le parc technologique de Kanata-Nord n’est pas centré sur l’intelligence artificielle (IA). La région d’Ottawa est un environnement axé sur les applications. Elle utilise l’IA pour mettre de meilleurs produits sur le marché et offrir de meilleurs prix aux clients, qu’il s’agisse de produits orientés sur les logiciels, sur le matériel informatique ou d’une combinaison des deux. Ils n’établissent pas des sociétés d’IA. Ils bâtissent des firmes qui utilisent l’IA afin de rendre le monde meilleur.  

Stimuler l’innovation : des preneurs de risques qui n’ont pas froid aux yeux

D’abord, l’innovation signifie de changer les choses; c’est créer quelque chose qui n’existait pas auparavant. C’est prendre des risques qui ne font pas partie du quotidien et des intérêts d’une grande société. C’est un irritant, malgré tout, le besoin se fait ressentir de créer un processus d’atterrissage en douceur pour la communauté qui soit axé sur l’innovation.

« Les universités de la région sont la première étape de cet environnement protecteur qui dit « Allez-y, tout est possible. » Vous pouvez essayer de construire ce que vous voulez parce que vous êtes en sécurité ici et vous pouvez le faire. », d’après Leo Lax.

Les preneurs de risques du monde universitaire ont besoin d’un environnement où ils peuvent innover sans crainte. Il est nécessaire de créer un environnement intermédiaire protégé qui permette aux idées innovantes de se concrétiser afin qu’elles puissent grandir, mûrir et devenir des occasions commerciales.


L’évolution du parc – De nos jours

La magnitude du travail qui a lieu dans le parc a connu une croissance exponentielle et la communauté a grandi avec elle. Le parc technologique de Kanata-Nord est le plus grand parc technologique au Canada et il réunit aujourd’hui plus de 540 entreprises et 24 000 employés. Plus de 19 000 employés du secteur des technologies de la région travaillent dans l’empreinte de Kanata-Nord, auxquels s’ajoutent 10 000 autres travailleurs qui y contribuent dans son halo.

Une photo de Jamie Petten et une citation

Les télécommunications ont façonné son histoire, ce qui a maintenant évolué vers les réseaux de prochaine génération. On y retrouve une bonne diversité de sous-secteurs : les véhicules connectés et autonomes avec le centre d’excellence BlackBerry QNX, les logiciels, le modèle SaaS et les entreprises du secteur des sciences de la vie qui créent tous un écosystème dynamique. Les entreprises du parc ont été fondées et basées à Ottawa ou à Kanata-Nord, puis elles sont devenues des multinationales mondiales. Certaines de ces dernières disposent également de centres de R et D.Ensemble, les entreprises contribuent à plus de 13 milliards de dollars au PIB annuellement. Ce dernier a augmenté de 66 % au cours des trois dernières années par rapport à la précédente évaluation des retombées économiques réalisée en 2015. Elles ont donc une réelle incidence sur l’économie d’Ottawa, à travers le pays et au-delà.

« Il y a ce mélange très dynamique local de talents et d’entreprises qui ont été fondées à partir de rien, qui s’associent ou se fusionnent à des multinationales qui sont venues ici pour travailler autant avec les sociétés qu’avec les talents qui existent ici. », affirme Jamie Petten.

Le parc a évolué avec les tendances de l’industrie. Les réseaux sont maintenant beaucoup plus canalisés sur les logiciels que sur le matériel informatique, ce qui apporte une diversification au parc.

L’une des principales forces du parc est l’expertise des ingénieurs et des développeurs des 30 à 35 dernières années, mais aussi de directeurs du développement des affaires qui ont permis aux entreprises en démarrage de traverser cette première phase de croissance et qui contribuent maintenant à la prochaine phase. Par exemple, L-Spark est un accélérateur de modèle SaaS. Le mandat principal de L-Spark est de jumeler des mentors et des experts chevronnés avec la prochaine génération d’entrepreneurs et de talents pour les aider à naviguer dans les nouvelles technologies ou une nouvelle façon de les vendre sous forme d’abonnements ou de modèles SaaS. Les experts aident la prochaine génération de talents à s’orienter vers les meilleures pratiques pour leurs équipes de développement de produits et d’ingénierie.

Kanata-Nord a longtemps été considérée comme étant la Silicon Valley du Nord. L’écosystème technologique florissant sur lequel il repose comporte plusieurs éléments. L’introduction de la présence d’une université avec un campus est l’un d’entre eux. En comparaison à l’écosystème prééminent de la Silicon Valley, on y trouve une industrie prospère, des PME aux multinationales. Ce sont des entreprises technologiques à la fine pointe de ce qu’elles produisent.

En 2019, l’Université d’Ottawa a ouvert un bureau à Kanata-Nord afin de préparer la prochaine génération de l’évolution du parc. C’est un excellent moyen de mettre en relation les talents, la recherche et le développement professionnel avec les entreprises implantées sur place. Il est essentiel de s’assurer qu’elle développe les talents et continue à favoriser les innovations technologiques qui se prêtent à de nouveaux partenariats.


L’avenir du parc – uOttawa Kanata-Nord

L’Université d’Ottawa a des milliers d’étudiants en génie, en droit et à l’École de gestion Telfer qui se préparent à devenir de futurs employés, des leaders et des collaborateurs importants de cette communauté, que ce soit par l’entremise de stages coop, d’emplois ou d’apprentissage expérientiel ou en s’impliquant dans des programmes de recherche et des partenariats par l’intermédiaire de leurs professeurs et de mentors. Les chercheurs font partie de la colle qui renforcera cette communauté à la fois en formation et en recherche. L’Université d’Ottawa est prête à créer des partenariats fructueux avec l’industrie en lui fournissant des talents, de la formation et des solutions. Elle prévoit ouvrir un laboratoire de recherche en 2020. La présence de l’Université d’Ottawa au sein de la communauté aura certainement un impact positif.

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